07:15 >>Edito de Paul Herman
Cette nouvelle rubrique signée Paul Herman constitue en quelque sorte l'édito de Matin Première.
"J'espère que vous êtes de belle humeur et que vous allez le rester. Je ne sais pas s'il y a eu ou non un génocide contre les Arméniens en Turquie en 1915. J'ai bien ma petite idée là-dessus, mais aujourd'hui tout est moins sûr qu'avant et ma mémoire elle-même n'est plus ce qu'elle était. C'est pareil pour le Rwanda d'ailleurs. Est-ce qu'il y a eu un génocide au Rwanda en 1994 ? Certains disaient que oui mais aujourd'hui certains disent que non. Et d'ailleurs, qu'est-ce que vous en savez ? Vous y étiez ? Non, vous n'y étiez pas. Et puis d'ailleurs, comme disaient des manifestant hutus, il y a quelques mois dans les rues de Bruxelles, le prochain qui parle encore de génocide, je lui coupe la gorge. Et la Shoah, est-ce qu'il ne serait pas plus simple de se rallier à l'opinion de Bruno Gollnisch, numéro deux du Front national français, tout récent président du nouveau groupe d'extrême droite - Identité, Tradition, Souveraineté - au Parlement européen ? Est-ce qu'il ne serait pas plus simple de dire : « «Bien sûr que je ne remets en cause ni les déportations ni les millions de morts, mais quant à savoir la façon dont les gens sont morts, le débat doit avoir lieu ». Le débat doit avoir lieu. Dans son édition de 2003, le Quid, cette encyclopédie familiale et utile, avait, dans son article consacré à la Turquie, noté ceci : "1915. Transfert d'Arméniens vers les provinces méridionales (...) nombreux décès pendant le voyage". Une plainte fut déposée et un interminable procès eut lieu qui trouvera sans doute son épilogue le 24 janvier prochain, ce mercredi donc. Si la justice prend son temps et est aujourd'hui si circonspecte, c'est que le débat entre historiens et législateurs bat son plein. Echaudés par des procès qui les empêchent de faire leur travail de révision - car, on l'oublie trop souvent, l'objet de l'histoire est de réviser et les révisions sont parfois déchirantes-, les historiens disent aujourd'hui : « Ce n'est pas à la loi d'écrire l'histoire ». Une balle, cependant, règle la question. Vendredi dernier, Hrant Dink, a été abattu par un type qui considérait que ce journaliste arménien, en parlant du nécessaire devoir de mémoire, avait insulté le peuple turc. Je ne sais pas s'il y a eu ou non un génocide contre les Arméniens en Turquie en 1915. Mais ce dont je suis sûr, c'est que nonante-deux ans plus tard, le génocide continue. "
Parfois, les choses sont tellement bien dites que ca ne sert à rien d'essayer de faire mieux......
Monday, January 22, 2007
Friday, January 05, 2007
Devoir d'ingérence
San Diego, January 5th, 2007
Edito du Monde
Devoir d'ingérence
LE MONDE 05.01.07
"Le nouveau secrétaire général de l'Organisation des Nations unies (ONU), Ban Ki-moon, a placé le Darfour en tête de ses priorités. Il doit consacrer l'un de ses premiers voyages à la crise du Darfour, en se rendant à un sommet de l'Union africaine (UA), où il veut s'entretenir avec le président soudanais, Omar el-Béchir, du déploiement d'une force internationale ONU-UA. Or il y a urgence. La guerre au Darfour a, depuis février 2003, fait 200 000 morts et 2 millions de réfugiés.
......................................
L'ONU estime que le Soudan va avoir besoin de 1,26 milliard de dollars d'aide humanitaire en 2007, soit à lui seul la moitié des fonds nécessaires aux besoins humanitaires de la planète.
La communauté internationale, prompte à dénoncer depuis quatre ans les crimes contre l'humanité au Darfour, n'a que trop tardé à réagir. Elle doit prendre M. el-Béchir au mot et accélérer le déploiement d'une force armée crédible. M. Ban Ki-moon ne doit pas se retrouver seul face aux obstacles. Washington et les Européens doivent concrétiser leur soutien.
Jacques Chirac ne dit pas autre chose lorsqu'il évoque, dans son discours au corps diplomatique, une "responsabilité de protéger" les populations du Darfour et, plus largement, d'une Afrique centrale et orientale menacée d'embrasement. Cette "responsabilité" est, au-delà du droit d'ingérence, le véritable "devoir d'ingérence" théorisé par Bernard Kouchner. Or, si l'exercice de ce devoir n'est pas toujours nécessaire, et parfois même n'est pas souhaitable, il y a un endroit sur la planète où il mérite d'être exercé, sans l'ombre d'un doute et sans tarder : c'est au Darfour."
Néanmoins, le Monde passe à côté d'un élément essentiel, la responsabilité de protéger est en effet un concept poussé par Kofi Annan depuis la réunion au sommet de Septembre 2005 à New York. Il s'agit d'intégrer dans le Droit International "la responsabilité de protéger comme fondement de l'action collective face aux génocides, nettoyages ethniques et crimes contre l'humanité"
Voir : ici
Edito du Monde
Devoir d'ingérence
LE MONDE 05.01.07
"Le nouveau secrétaire général de l'Organisation des Nations unies (ONU), Ban Ki-moon, a placé le Darfour en tête de ses priorités. Il doit consacrer l'un de ses premiers voyages à la crise du Darfour, en se rendant à un sommet de l'Union africaine (UA), où il veut s'entretenir avec le président soudanais, Omar el-Béchir, du déploiement d'une force internationale ONU-UA. Or il y a urgence. La guerre au Darfour a, depuis février 2003, fait 200 000 morts et 2 millions de réfugiés.
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L'ONU estime que le Soudan va avoir besoin de 1,26 milliard de dollars d'aide humanitaire en 2007, soit à lui seul la moitié des fonds nécessaires aux besoins humanitaires de la planète.
La communauté internationale, prompte à dénoncer depuis quatre ans les crimes contre l'humanité au Darfour, n'a que trop tardé à réagir. Elle doit prendre M. el-Béchir au mot et accélérer le déploiement d'une force armée crédible. M. Ban Ki-moon ne doit pas se retrouver seul face aux obstacles. Washington et les Européens doivent concrétiser leur soutien.
Jacques Chirac ne dit pas autre chose lorsqu'il évoque, dans son discours au corps diplomatique, une "responsabilité de protéger" les populations du Darfour et, plus largement, d'une Afrique centrale et orientale menacée d'embrasement. Cette "responsabilité" est, au-delà du droit d'ingérence, le véritable "devoir d'ingérence" théorisé par Bernard Kouchner. Or, si l'exercice de ce devoir n'est pas toujours nécessaire, et parfois même n'est pas souhaitable, il y a un endroit sur la planète où il mérite d'être exercé, sans l'ombre d'un doute et sans tarder : c'est au Darfour."
Néanmoins, le Monde passe à côté d'un élément essentiel, la responsabilité de protéger est en effet un concept poussé par Kofi Annan depuis la réunion au sommet de Septembre 2005 à New York. Il s'agit d'intégrer dans le Droit International "la responsabilité de protéger comme fondement de l'action collective face aux génocides, nettoyages ethniques et crimes contre l'humanité"
Voir : ici
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